Foot & Ciné. Presque un titre de film…Revue de cinéma en vidéo à la demande sur l'histoire d’amour de ce drôle de couple heureux.
Football et Cinéma, caméra et ballon rond…
C’est parti ! La Coupe du Monde en Afrique du Sud va vous tenir en haleine pendant un mois, jusqu’au 11 juillet. A l’heure où nos Bleus bataillent dur pour passer le premier tour, pourquoi ne pas s’arrêter un instant sur la longue histoire d’amour de ce drôle de couple heureux : Foot & Ciné. Presque un titre de film… Normal, tant leur union fut féconde. Alors laissez-vous guider dans la contemplation de leur belle progéniture !
© Wild Bunch Distribution El Pibe de Oro a toujours du ballon... - Maradona par Kusturica (2008) |
Foot & Cinéma. Les deux ont toujours fait bon ménage. Ne serait-ce que parce que ces deux « spectacles » éminemment populaires durent à peu près le même temps, entre 90 et 120 minutes. Soit un match complet ou bien agrémenté de prolongations ! La seule difficulté majeure que le 7ème Art a rencontré c’est de pouvoir « filmer le foot », c'est-à -dire restituer à l’image l’action, l’intensité et surtout la vision in situ des 22 acteurs sur le terrain. C’est pourquoi le foot au grand Ecran a décliné sa représentation à la fois en films, documentaires ou docus-fiction. Passé cette gageure technique, le football comme « miroir de la vie » et « reflet de la société » ne pouvait que fournir une matière inépuisable à l’art cinématographique.
Made in England !
L’Angleterre d’abord, berceau du sport roi et pays de grande culture foot ! Le cinéma anglais s’est toujours distingué de par la richesse de sa production. Comédies, bio pics, épopées ou drames sociaux : tout est bon pour raconter la vie et le monde tel qu’il va grâce la parabole du foot. Ainsi, Ken Loach a rencontré le succès avec le poignant My name is Joe (1998), drame social d’un chômeur de Glasgow qui coache bénévolement une petite équipe de quartier, prétexte à une évocation très noire de la condition sociale au Royaume Uni. Plus léger, son Looking for Eric (2009) raconte la rédemption d’un postier de Manchester grâce au coaching mental de son idole, Eric Cantona (qui joue ici son propre rôle) dont on ne sait plus trop s’il est réel ou fantomatique…
DR Patrick Dewaere n'a pas fini d'en suer - Coup de tête (1979) |
Très anglo-anglais, The Damned United (2009) de Tom Hooper évoque un épisode de la carrière du mythique entraîneur Brian Clough, ses 44 jours dramatiques passés à la tête du club de Leeds United avant d’être viré. Plus pharaonique, la trilogie blockbuster Goal ! nécessitait une co-production anglo-américaine tant pour ses gigantesques moyens financiers que pour le récit fiction très hollywoodien de Santiago Munez, obscur footballeur de Newcastle recruté par le grand Real Madrid. Cette oeuvre hyper ambitieuse qui dépeint à travers l’ascension et la chute du brave Santiago les affres de la vie de footballeur starisé se distingue par son casting inouï. A l’image, Santiago Munez joue et s’entraîne avec les authentiques Galactiques madrilènes : Zidane, Beckham, Raul, Ronaldo…
Dans la production anglaise marquante, on peut citer le très réaliste ID de Philip Davis (1995) sur les hooligans britanniques, Carton Jaune de David Evans (1996) tiré du cultissime roman de Nick Hornby, Fever Pitch, sur la passion foot ou bien Joue-la comme Beckham de Gurinder Chahda (2002), comédie de moeurs aux clins d’oeil bollywoodiens sur une jeune anglo-indienne qui s’émancipe de ses lourdes traditions culturelles grâce au foot.
© Diaphana Films Eric (Steve Evets) sous le regard d'Eric (Cantona) - Looking for Eric (2009) |
French touch...
Le cinéma français n’est pas en reste. Outre ses comédies à succès, le loufoque Didier d’Alain Chabat (1997) ou le plébiscité 3 zéro de Fabien Onteniente (2002), il a fourni des œuvres plus marquantes. Coup de tête (1979) demeure toujours la référence absolue. Une équipe gagnante : Jean-Jacques Annaud (réalisateur), Francis Weber (dialogues) et le regretté Patrick Dewaere dépeignaient à travers le club imaginaire de Trincamp une France profonde des années 70 abrutie par le foot…
Encore plus terrible, À mort l'arbitre (1983) ! Une comédie satirique de Jean-Pierre Mocky, sorte de remake de la Poursuite Impitoyable, où un pauvre arbitre (Eddy Mitchell) est poursuivi par une meute de supporters lyncheurs conduits par un hallucinant Michel Serrault.
Le très arty Substitute (2007) de Vikash Dhorasso et Fred Poulet relate en Super-8 les mésaventures de Dhorasso à la Coupe du Monde 2006. Remplaçant (substitute en anglais) avec les Bleus, le pauvre Vikash filme au quotidien son désoeuvrement et ses désillusions avec une rare sensibilité. Comme on le voit, le filon foot exploité par le cinéma français n’est pas prêt de s’épuiser. On parie sur un futur bon nanar « Estelle et Raymond » filmé par Claude Lelouch ?
Le footu Emir Kusturica
© Sony Pictures Releasing France Don Revie (Colm Meaney) aussi jovial que le jeu qu'il prônait - The Damned United (2009) |
Pour compléter un rapide panorama mondial, on citera encore le très connu A nous la victoire (1980), film « de commande » médiocre de John Huston mais qui connut un certain succès avec un casting étonnant : le Roi Pelé lui-même ainsi que le jeune Sylvester Stalone.
Enfin, impossible de parler Foot & Ciné sans convoquer Emir Kusturica, dont la passion pour le ballon rond ne s’est jamais démentie. Si son docu-fiction Maradona (2008), à la gloire du célébrissime N°10 argentin, avait laissé sur sa faim, c’est avec La Vie est un miracle (2004) que le réalisateur serbe s’est montré plus convaincant. Pas exactement un film foot mais Kusturica a usé subtilement ici de la parabole politique du football (le foot c’est l’autre visage de la guerre) pour relater le conflit des Balkans des années 90. En filmant un petit match de foot en Bosnie qui dégénère dans la violence, Kusturica ne faisait en fait que relater les incidents sanglants du fameux match Partizan Belgrade (grand club serbe) contre Dynamo Zagreb (grand club croate) du 13 mai 1990, prélude à la guerre en ex-Yougoslavie…
Article pour lemagvod.fr publié le 17 juin 2010










