Jean-Luc Godard a quatre-vingt ans. Et pas loin de cent films derrière lui, une centaine de films de tous formats, toutes formes, toutes techniques. Mais a-t-on vraiment vu Godard ? N’est-ce pas le moment de se rattraper ? Surtout si on n’avait pas tout bien compris la première fois…
Jean-Luc Godard
A-t-on vraiment vu Godard ? Mini retour en vod sur l'oeuvre cinématographique du mythe de la Nouvelle Vague.
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© Columbia Films Masculin Féminin (1965) |
Jean-Luc Godard a quatre-vingt ans. Et pas loin de cent films derrière lui, une centaine de films de tous formats, toutes formes, toutes techniques. Il a révolutionné le cinéma mais aussi la cinéphilie, il a fini par symboliser tous les travers du cinéma « intello » mais il n’est guère d’acteur qui résisterait à une invitation de Godard. Il a beaucoup navigué entre films légendaires et œuvres confidentielles, entre jus de crâne et éclairs de génie. Mais a-t-on vraiment vu Godard ? N’est-ce pas le moment de se rattraper ? Surtout si on n’avait pas tout bien compris la première fois…
Godard pour l’histoire
Quelle meilleure introduction à Godard que Le Mépris (1966) ? Un classique, un sommet, une légende, un culte, une mine d’or. Tout est brillant, définitif, génial, du dialogue à la direction d’acteurs, du scénario (l’adaptation d’un roman d’Alberto Moravia) au montage. Si Brigitte Bardot a un grand rôle, c’est dans ce film, entourée de Michel Piccoli, Jack Palance et Fritz Lang (puisque se fait Godard un plaisir, qu’il va régulièrement partager avec ses spectateurs, d’inviter une personnalité à jouer son propre rôle devant sa caméras). Jamais on n’avait dit et jamais plus on ne dira « elles sont belles, mes fesses ? » dans un chef d’œuvre de l’histoire culturelle européenne.
Et si on revoyait À bout de souffle (1959), premier long métrage de Godard ? Film-manifeste de la Nouvelle Vague, c’est évidemment un monument du 7e art, comme auraient dit les speakrines de l’ORTF, avec un scénario de François Truffaut, Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg dans les premiers rôles et une apparition de Jean-Pierre Melville. Si indispensable que c’est peut-être le seul Godard que l’on puisse regarder en pantoufles, sans avoir le souffle coupé à un moment ou un autre.
Godard présente…
© Ciné Classic À bout de souffle (1959) |
Les montagnes ne se rencontrent jamais ? Eh bien si. En 1968, après mis un dawa historique au festival de Cannes en compagnie de Truffaut, Malle et quelques autres cinéastes soudain emportés par le vent de Mai, Godard part à Londres tourner One + One, Sympathy for the Devil, sorte de documentaire sur les Rolling Stones en studio. Mais les affaires tournent mal avec le producteur (la légende parle d’une baston en bonne et due forme) et, finalement, on peut voir une curiosité : à la suite le montage de Godard et le montage mis en exploitation à l’époque. Instructif.
Godard est fasciné par Eddie Constantine, l’Américain costaud du cinéma français, et son personnage invincible de Lemmy Caution. Dans Alphaville (1965), il s’empare de l’un et l’autre pour tournebouler tous les codes du film de science-fiction. Il y gagne l’ours d’or du festival de Berlin mais la carrière d’Eddie Constantine ne s’en relèvera pas.
Et comment fait Godard avec nos idoles ? C’est rock’n’roll et parfois un peu martien quand il s’agit des Rita Mitsouko. Dans Soigne ta droite (1987), on est éberlué par sa capacité à contourner l’image la plus attendue, à s’écarter des évidences. Mais, par ailleurs, quel casting d’actrices dans une sorte de féérie comico-symbolique très eighties : Jane Birkin, Dominique Lavanant, Pauline Lafont, Eva Darlan…
© Gaumont Soigne ta droite (1987) |
Godard fait son Godard
Godard ne fait pas que des films. Parfois, il émet des « propositions de cinéma », comme Hélas pour moi (1993), dans lequel Gérard Depardieu est d’abord un restaurateur sur les bords du lac Léman puis une divinité qui vient prendre son apparence… Détournement, hommage ou freestyle ? Le mythe d’Amphitryon revu par Godard.
Parfois, on ne sait plus si Godard tourne un documentaire, une fiction, un scénario joué par des acteurs atroces ou la vérité surprise par une caméra indiscrète. Masculin féminin (1965) a fait couler des flots d’encre dans la presse d’époque pour sa vision d’une jeunesse déboussolée. Avec Jean-Pierre Léaud, Chantal Goya, Marlène Jobert et Brigitte Bardot (non citée au générique !), une autre pépite d’un métal jusque là inconnu sur Terre.
Et, pour peu qu’il s’empare d’un scénario classique de polar psychologique, il en fait Détective (1985), qui fait plonger Johnny Hallyday, Nathalie Baye, Claude Brasseur et Laurent Terzieff dans une atmosphère de fable morale à la Strindberg – mais en plus désespéré.
Godard par Godard, c’est évidemment JLG/JLG (1994), autoportrait godardien par essence : séquences silencieuses, ruptures entre la bande-son et l’image, extraits de films, confession inattendues et passage en langue de bois (enfin, une langue de bois exotique).
Godard hardcore !
Et puis, pour savoir où en est Godard, il faut voir son énième long métrage, Film Socialisme (2010), méditation abstraite et jubilatoire sur l’état de l’Europe et sur la Méditerranée, dans laquelle on croise Catherine Tanvier, Patti Smith ou Alain Badiou.
Article pour lemagvod.fr publié le 2 décembre 2010
Depuis une quinzaine d’années, Bertrand Dicale écrit sur la culture populaire dans la presse (longtemps au Figaro, notamment), en parle à la radio (notamment « Le Fou du roi » et « Système disque » sur France Inter) et coréalise des documentaires. Il a également publié des ouvrages de référence sur Serge Gainsbourg, Louis de Funès, Juliette Gréco ou le Printemps de Bourges, ainsi que plusieurs livres sur l’histoire sérieuse ou anecdotique de la chanson française.











