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La sortie de L’Italien d’Olivier Baroux, avec Kad Merad, nous le rappelle : le racisme peut être un excellent ressort comique.

Le racisme au cinéma, entre rire et larmes

La sortie de L’Italien d’Olivier Baroux, avec Kad Merad, nous le rappelle : le racisme peut être un excellent ressort comique.

Kad Merad, aka Mourad, aka Dino

Kad Merad, aka Mourad, aka Dino - L'Italien (2010)

Pour ses collègues de la concession Maserati de Nice (dont son directeur Roland Giraud) ou pour sa fiancée Valérie Benguigui, il est Dino, un Italien caricatural avec costumes de prix et dégaine de séducteur latin. Personne ne sait qu’il s’appelle Mourad, ni qu’il est né en Algérie. Et ses parents croient qu’il mène une brillante carrière en Italie. Tout aurait pu continuer si son père ne lui arrachait le serment de suivre le ramadan, ce qui entraine une cascade de quiproquos, confusions et situations embarrassantes.

Au commencement, le scénario de L’Italien n’était pas une comédie. Mais quand Olivier Baroux l’a reçu et en a parlé à Kad Merad, son complice de toujours y a reconnu bien des choses : son propre père, algérien, s’est longtemps fait appeler d’un prénom français dans son travail et il a lui-même raccourci son prénom de Kaddour en Kad, moins directement connoté maghrébin.

Dans la peau d’un autre

Inquiétant Danny Balint

Danny Balint, un visage sur la haine - Danny Balint (2001)

Et, de fait, cette situation du type qui se fait passer pour un Blanc « normal » sans l’être a aussi inspiré des œuvres d’une noirceur atroce, comme Danny Balint, film de Henry Bean (2001) inspiré d’une histoire vraie. Danny Balint (incarné par le saisissant Ryan Gosling) est un skinhead newyorkais de vingt-deux ans qui milite dans un groupuscule nazi et se livre avec furie à la violence antisémite. Quand un journaliste révèle son effarante histoire, il n’a d’autre issue que le suicide. Parfois un peu didactique, Danny Balint est une plongée dans les ressorts les plus secrets de la haine raciale et, à ce titre, a été couronné par le Grand prix du festival international de Sundance.

Pour autant, ce pitch aux possibilités infinies a surtout inspiré des comédies. La plus chère au cœur des Français est sans doute Les Aventures de Rabbi Jacob, classique des classiques de Gérard Oury (1973) avec Louis de Funès, grand patron raciste qui doit, pour sauver sa peau, endosser le chapeau, les papillotes et le rôle d’un rabbin.

Louis de Funés - Rabbi Jacob, danse

Rabbi Louis en pleine danse - Les aventures de Rabbi Jacob (1973)

Grands moments de génie comme la danse hassidique (« silonce, silonce, rabbi Jacob elle va donser ! ») ou la célébrissime conversation avec le chauffeur Salomon (Henri Guybet) : « Vous êtes juif ? Comment Salomon, vous êtes juif ? Salomon est juif. Oh ! – Et mon oncle Jacob qui arrive de New York, il est rabbin. – Mais il est pas juif ? – Ben si ! – Mais pas toute votre famille ? – Si ! – Écoutez, ça ne fait rien, je vous garde quand même. »

Sorti en pleine guerre de Yom Kippour, le film a sans doute fait beaucoup pour dédramatiser l’atmosphère de l’époque, tout en semant quelques graines d’amitié entre frères ennemis du Moyen-Orient.

Plus récemment, Agathe Cléry d’Étienne Chatiliez (2008) s’amuse aussi d’une belle série de faux-semblants. Valérie Lemercier incarne une executive woman raciste, soudain victime de la maladie d’Addison, dysfonctionnement des glandes surrénales qui fonce la peau. Rejetée de partout puisque devenue noire, elle n’a pour seule solution que de se faire embaucher dans l’entreprise d’un businessman noir (Anthony Kavanagh) qui refuse d’embaucher des Blancs.

Morgan Freeman et miss Daisy

Morgan Freeman et miss Daisy - Miss Daisy et son chauffeur (1989)

Grands principes, grands films

Elle est pauvre et noire, il est riche et blanc. Pourtant, Daniel Auteuil tombe éperdument amoureux de Firmine Richard dans Romuald et Juliette de Coline Serreau (1989). Une comédie plus belle et plus grande que la vie elle-même, au point même que la critique a beaucoup parlé, à sa sortie, d’un conte de fée. Mais on reste longtemps attendri après le mot « Fin ».

Presque aussi optimiste sur la capacité des humains à aller au-delà des différences de couleur de peau, le grand classique Miss Daisy et son chauffeur de Bruce Beresford (1989) avec Jessica Tandy en vieille dame riche, acariâtre et subtilement raciste, et son Morgan Freeman en chauffeur noir humble mais ferme. Une exemplaire histoire d’humanité, qui donnera à Morgan Freeman ses galons de grand acteur préposé aux grandes causes.

Ainsi est-ce lui qui incarne Nelson Mandela en président de la nouvelle démocratie sud-africaine dans Invictus, le récent film-hymne de Clint Eastwood (2010). Autre personnalité du cinéma américain, autre figure du combat contre l’apartheid, Denzel Washington incarne Steve Biko dans Cry Freedom-Le Cri de la liberté de Richard Attenborough (1987). Un destin à la fois dramatique et sublime, un acteur magnifique de puissance et de conviction.

Hurler de rire et vraiment réfléchir…

Borat arrangue la foule

Borat arrangue la foule - Borat (2006)

En revanche, on ne tirera pas de conclusion très optimiste en ce qui concerne la nature humaine en voyant Borat. Mais qu’est-ce qu’on rira avec le personnage délirant inventé par Sacha Baron Cohen dans le film de de Larry Charles (2006)… Homophobe, sexiste, antisémite, haïssant les Ouzbeks et les Gitans, il clame tout haut ce que plus personne n’ose penser dans une démocratie contemporaine. Et c’est ce qui finit par réjouir au plus haut point – pour la délectable honte du spectateur.

Enfin, pour plonger vraiment dans la réflexion, le documentaire Lumières noires de Bob Swaim (2006), qui revient sur le 1er Congrès des écrivains et artistes noirs tenu à la Sorbonne en 1956.

Lumières noires de Bob Swaim

Un "Picasso" pour illustrer un congrès historique - Lumières noires (2006)

À la tribune, le Sénégalais Léopold Sédar Senghor, le Martiniquais Aimé Césaire, l’Américain Richard Wright, la citoyenne française Joséphine Baker… Dans la salle, des militants, des écrivains, des intellectuels, des étudiants. Plus tard, on découvrira rétrospectivement combien de personnalités ont assisté aux débats : Claude Lévi-Strauss, Édouard Glissant, James Baldwin, René Despestre…

Malgré une affiche dessinée par Picasso, malgré la présence d’universitaires de renom, ce congrès sera mal vu par les autorités françaises, mais aussi par les États-Unis et l’URSS, comme si personne ne souhaitait l’émergence de ce que l’on va appeler dès lors la conscience noire. Archives et interviews permettent à la fois de revenir sur une époque au cours de laquelle le racisme ne portait pas de masque et sur le rôle fondateur d’un événement aujourd’hui légendaire.

Article pour lemagvod.fr publié le 14 juillet 2010

Bertrand Dicale

Depuis une quinzaine d’années, Bertrand Dicale écrit sur la culture populaire dans la presse (longtemps au Figaro, notamment), en parle à la radio (notamment « Le Fou du roi » et « Système disque » sur France Inter) et coréalise des documentaires. Il a également publié des ouvrages de référence sur Serge Gainsbourg, Louis de Funès, Juliette Gréco ou le Printemps de Bourges, ainsi que plusieurs livres sur l’histoire sérieuse ou anecdotique de la chanson française.

3 commentaires sur Le racisme au cinéma, entre rire et larmes

  1. Cybèle Pérou

    Sur le même thème, il y a aussi le film "La Couleur du Mensonge" avec l'excellent Anthony Hopkins et la sublime Nicole Kidman!

    • Sylvain

      Tout à fait... Cet excellent film est adapté du non moins formidable roman 'la Tâche' de l'écrivain américain Philip Roth qui a été fortement inspiré par l'affaire Monica Lewinsky, le poussant à s'interroger sur les évènements qui peuvent détruire une réputation et venir occulter tout accomplissement antérieur... Et un peu plus que celà... Le film est notamment dispo en VoD sur Livebox Orange et sur les plateformes internet de VirginMega, Glowria, Fnac et Imineo

  2. Bertrand

    Il y a 47 ans aujourd'hui, Martin Luther King prononçait son "I have a dream" :
    http://www.youtube.com/watch?v=PbUtL_0vAJk

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