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Le cinéma de Zep

Le Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême ouvre ses portes, et Zep, le créateur de Titeuf en sera, notamment pour préparer la sortie du long métrage "Titeuf Le Film". En septembre dernier, alors que ressortait sa BD « Happy Rock », Zep faisait une première pause ciné pour le Mag VoD.

ZepMoteur ! Zep, le papa de Titeuf, réalise son premier long métrage, une très attendue adaptation de son célèbre héros de bande dessinée. Le film est prévu pour le printemps 2011. Et si côté scénario le secret est bien gardé, c’est parce que Zep est l’un des plus gros vendeurs de BD et que son film fait forcément figure d’événement.

Zep, où en est votre film ?

Zep - On arrive au bout (ndlr. propos recueillis fin septembre 2010) ! On termine l’animation la semaine prochaine, il restera la couleur, le montage, l’association, la bande son. J’en ai jusqu’à Noël je pense… Le film est prévu pour le mois d’avril. Tout ce que je peux vous dire est qu'il s’appellera Titeuf Le Film, ce qui est très original ! Mais on ne dit rien de plus, car le scénario a été écrit pour le film...

C’est un film d’animation ?

Zep - Non, du dessin animé.

Vous êtes dessus depuis combien de temps ?

Zep - Deux ans et demi.

"On a réussi à faire des choses à la télé française qu’on n’avait pas pu faire avant Titeuf"

Quel est votre dessin animé de référence ?

Zep - Mon dessin animé d’enfance préféré c’est Pinocchio (Walt Disney, 1940), et dans les plus récents, je pense que mon préféré c’est Le Géant De Fer (Brad Bird, 1999). C’est un dessin animé réalisé par Brad Bird, le réalisateur des Indestructibles et Ratatouille. C’est une histoire très fifties qui se passe dans un petit village américain, un géant de fer qui ressemble à un robot gigantesque tombe dans la forêt, et un petit garçon le planque. Il s’occupe de ce robot qui est un robot de combat extra-terrestre ayant perdu sa mémoire, et qui redevient guerrier tout à coup. Il y a plein de références à Will Eisner (créateur de The Spirit), ainsi qu'à toute la littérature SF.

Il semble y avoir un petit côté Peter Pan aussi, ne sort-on jamais de l’enfance ?

Zep - On n’en sort jamais complètement. Moi je garde une alliance avec mon enfance, c’est aussi mon moteur.

C’est un vieux rêve d’adapter Titeuf sur grand écran ?

Zep - Franchement je n’y avais pas pensé, moi mon rêve c’était de faire des livres. A force de faire des livres, on m’a proposé de faire une série télé en dessin animé. La série télé est sortie, ça a été un carton alors que personnellement je n'en suis pas très content. Je trouve que graphiquement elle n’est pas réussie. Je ne l’aime pas beaucoup même, mais bon je revendique quand même qu’en terme de scénario on a réussi à faire des choses à la télé française qu’on n’avait pas pu faire avant Titeuf, donc je suis content. Et puis ça a déclenché la demande du long métrage. J’ai foncé tout de suite, comme on peut le faire dans le cinéma, c’est-à-dire qu’entre le moment où l’on signe et le moment où le projet est bouclé et monté financièrement, se passent plusieurs mois.

Quel est votre film musical préféré ?

Zep - Je reste toujours un peu ému par le film Woodstock (Michael Wadleigh, 1970), même s’il a un côté assez indigeste parce que c’est l’un des premiers films musicaux justement. Ensuite il y a Tommy (Ken Russell, 1975) des Who qui est une grosse caricature, mais il y a des moments que je trouve absolument fabuleux.

Et un film musical que vous auriez détesté ?

Zep - En général je suis déçu, c’est rare que je tienne le coup jusqu’au bout. Je ne vais pas commencer à les citer tous, mais ne serait-ce que chez Elvis, il n’y a que Jailhouse Rock (Richard Thorpe, 1957) que je trouve vachement beau. Ses autres films sont catastrophiques, Elvis arrive toujours à transcender l’écran mais au bout d’un moment, le combat est quand même inégal entre sa présence magnifique et le scénario insipide.

Quel est le film toutes catégories confondues que vous aimeriez au point de le louer en VoD pour le montrer à vos enfants ?

ZepZep - J’ai renoncé à ce genre de choses, car mes enfants, même s’ils l’aimaient, me diraient que ça n’a aucun intérêt... Par contre le film qui continue à être mon film préféré, c’est Tandem (1987) de Patrice Leconte. Je peux le regarder plusieurs fois sans problème.

Sinon il y a plein de films que j’aime bien. Quand j’avais 20 ans j’ai adoré Woody Allen, c’est lui qui m’a fait passer au cinéma américain indépendant. Aujourd'ui j’adore toute l’équipe qui gravite autour de Judd Apatow, je trouve qu’il y a des choses absolument géniales. Judd Apatow c’est un peu le mètre étalon de ces séries B crétines américaines, transgressives avec des choses trash dedans. Ce sont toujours les mêmes acteurs : Seth Rogen, Elizabeth Banks, Jane Lynch. Le denier film qu’il a fait c’est Funny People (2009). Ça part toujours dans plusieurs directions ; là c’est Adam Sandler qui joue une star américaine du stand up, il essaye de profiter un petit peu de son aura, quand il apprend qu’il a un cancer et qu’il va crever. Alors qu’il est odieux parce qu’il emmerde tout le monde, il décide de faire le chemin inverse, retrouver la femme qu’il a quittée, retrouver ses amis... j'aime ce côté road movie un peu grave. Et ça reste une comédie bien trash.

"Serge Clerc a été l’un des premiers à me montrer que l’on pouvait être plus libre, ma passion du septième art a fait le reste"

Etes-vous un cinéphile averti ?

Zep - Le cinéma nourrit mes BD, ou en tout cas les a nourri pendant longtemps. Quand j’ai commencé Titeuf, c’était une réaction : je bossais dans plusieurs magazines dont Spirou qui était vraiment une institution. Et j’étais un peu révolté, je ne cessais de dire : « Mais regardez au cinéma, même dans le cinéma populaire familial, on se permet de faire des trucs vachement plus actuels, on va parler du monde récent, on va parler du chômage, de la mort, de la prostitution, on va aborder le thème du sexe même si c’est un film qui a aussi un public d’enfants, et puis si le personnage est furieux il va dire merde ou putain, et non saperlipopette ! » Alors que dans Spirou, les bandes dessinées étaient toujours un peu figées dans cet âge d’or de l’Après-Guerre, des années 50, l’âge d’or belge... La maman fait la cuisine, le papa rentre du travail, il lit le journal dans le fauteuil en attendant que le repas soit servi, il y a un réverbère au gaz. Il y a un côté très Boule Et Bill (personnages dessinés par Jean Roba) qui moi ne me parlait pas. Serge Clerc a été l’un des premiers à me montrer que l’on pouvait être plus libre, ma passion du septième art a fait le reste.

Serge Clerc vous a donc fait voir qu'il était possible de conjuguer rock et BD.

Zep - Gotlib aussi ! J’adorais l'album "Hamster Jovial", complètement gotlibien, très drôle, très très graphique. En fait, Hamster Jovial c’est un chef scout qui, pour essayer d’attirer de nouveaux scouts, se met à la pop musique. Au fil des pages, il devient Pete Townshend des Who, Captain Beefheart, un Pink Floyd... (l’album a été fait en 74). A chaque fois il tente un nouveau truc, et parfois il se met à chanter l’hymne scout « Flamme pure et légère… » à la sauce rock, hard-rock, pop.

Quels sont les auteurs de BD qui vous ont inspiré ?

Zep - Il y en a plein ! Jusqu’à 15 ans je n’ai pratiquement lu que de la bande dessinée, donc je répondrai Franquin (Gaston Lagaffe, Spirou…), Morris (Lucky Luke), Uderzo (Astérix), Gotlib, Greg (Achille Talon, Chick Bill)... Ensuite un petit peu de tout, de l’underground américain, Robert Crumb, Gilbert Shelton, ou de la nouvelle vague française. Mais quand j’avais 15 ans, mon idole c’était Serge Clerc, parce que justement il mélangeait les deux sujets qui me passionnaient. C’était LE mec qui faisait de la bande dessinée à Métal Hurlant, mais qui en même temps parlait de rock. Il avait ce côté complètement bande dessinée avec une filiation claire, celle de l’école belge que je connaissais, mais il en faisait autre chose, il la mélangeait avec son environnement.

Et aujourd’hui, quels sont les auteurs que vous aimez ?

Zep - Il n’y a pas vraiment un auteur que je place au-dessus du lot. J’aime bien voir un petit peu tout ce qui se fait. Je suis toujours aussi fan de George Joseph Herriman (créateur de Krazy Kat), de Boulet, de Mathieu Sapin, et de tous mes camarades comme Tébo. Sans oublier tous les auteurs qui sont dans le magazine Tchô ! (publication dans laquelle est impliqué Zep).

Article pour lemagvod.fr publié le 27 janvier 2011

Christian Eudeline

Depuis une quinzaine d’années, Christian Eudeline écrit sur la société qui l’entoure par le prisme de la musique, dans la presse (à VSD en priorité) sur des sites (SFR) et participe à des émissions télé (CDaujourd’hui sur France 2). Il a co-réalisé un 52 minutes sur la disparition d’Alain Kan (diffusé sur 13ème Rue), assuré de nombreuses rééditions de disques (de l’intégrale Jacques Dutronc aux meilleurs de Starshooter, Charlots, Martin Circus, Frenchies, Edith Nylon, bientôt Elli & Jacno) et a commis plusieurs livres : « Nos Années Punks » (Denoël), « Anti-Yéyé » (Denoël), « Le Rock Gothique » (Fetjaine), « Hard-Rock » (Hors Collection), « Michel Polnareff Le Roi Des Fourmis » (Eclipse)… Bientôt les souvenirs de Little Bob qu’il a mis en forme sortiront chez Denoël.

2 commentaires sur Le cinéma de Zep

  1. david

    bonjour
    une relecture ne serait pas de trop pour l'orthographe, la grammaire, la conjugaison et les noms de famille estropiés...

    • Bertrand

      En effet... (cough ! cough! honteux)
      Cela devrait être mieux désormais.
      Merci

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