La 7ème compagnie
Peut-on rire encore et encore d'une débâcle ? Non seulement la 7ème compagnie le fait aisément, à coup de phrases cultes et scènes burlesques, mais le film de Robert Lamoureux offre en plus un éclairage historique pas si absurde...

Bon, je ne vais pas vous mentir : encore aujourd’hui, les dialogues de « Mais où est donc passée la 7ème Compagnie » (1973) me font rire. Le pire ? Mes enfants sont devenus accros. Mais en ces temps de politiquement correct, que votre bout de chou du haut de ses 5 ans crie « Heil Hitler » à tue tête dans la rue en imitant Jean Lefebvre vous met quelque peu mal à l’aise. Le regard des autres et c'est votre rôle de père qui se trouve quelque peu écorné. Il faut reprendre les choses en main et expliquer avec ostentation que les gentils, les méchants, la guerre…
C’est alors une nouvelle occasion de regarder – ensemble – le premier épisode de la trilogie et de s’apercevoir que le film de Robert Lamoureux est peut-être le seul… documentaire sensé sur la Seconde Guerre mondiale ! Enfin, sur les deux petits mois que mirent les allemands à envahir la France en mai et juin 1940.
© Gaumont Leçon de natation en marge du front - Mais où est donc passée la 7ème compagnie (1973) |
Tout y est : manque de motivation, d’armement, d’organisation, d’encadrement… « Ha ! Je raccroche et je décroche ! Bien mon général. » Regardez bien et lisez ensuite quelques ouvrages convenus sur la période. Vous verrez : historiens et témoins décrivent à l’identique ces instants de débâcle. L’humour en moins.
Réalisateur et scénariste de la trilogie de la 7ème Compagnie, Robert Lamoureux l’affirme lui même : « Tout ce qui arrive, je l’ai vécu en 1940. » En deux mots, le synopsis est simple : les soldats Pithiviers (Jean Lefebvre) et Tassin (Aldo Maccione) et leur sergent-chef Chaudard (Pierre Mondy) sont les seuls à ne pas être faits prisonniers lorsque leur compagnie de transmission est encerclée par une avant-garde allemande. Dès lors, une seule chose compte, « rester groupir » et rejoindre les lignes françaises pour continuer le combat. Mais la forêt de Machecoul est grande… Et la motivation de ces quadras provinciaux n’est pas au beau fixe, batifolant sous les premiers rayons d’un soleil estival qui s’annonce enfin. (« Un p'tit bain pour le chef, un p'tit bain pour le chef, ... »).
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La moisson de 40 décrite par Jacques Benoist-Méchin est au cœur des préoccupations d’un pays déjà soumis. La bravoure est un accident, même si certains combats ont montré que l’armée française valait mieux que ça. Entre le 14 et 25 mai, la fameuse et méconnue bataille de Stonne a prouvé que chars et infanterie tricolores rivalisaient d’audace et d’efficacité dès qu’ils étaient bien utilisés. « Les soldats de la Wehrmacht ont toujours comparé l’enfer de Stonne en 1940 à l’enfer de Verdun en 1961 » écrit l’historien allemand Karl-Heinz Frieser.
Mais tel n’est pas le combat de notre célèbre 7ème Compagnie et de ses trois héros malgré eux (« C’est pas ma faute, j’ai glissé Chef ») rapidement rejoints par le lieutenant Devauchel (Erik Colin) dont l’avion a été abattu sous les yeux de cette avant-garde audacieuse. C’est à quatre qu’ils vont former une vrai tenaille : « Imaginez que la situation se retourne, supposition, et que, comme vous dites, la guerre est pas finie, on serait comme un poste avancé ! Pour l'instant, on est comme une espèce d'épine que les boches ont dans les fesses ! »
D’autres séquences montrent déjà que la grande majorité des Français est prête à collaborer. L’épicier interprété par Jacques Marin illustre cette veulerie des grands soirs pour époque sombre : « Je veux du à l’ail ! ». Bref, le retour aux foyers prend le chemin de l’école buissonnière. Et des salles obscures avec près de 4 millions d’entrées ! Un succès qui permet à Robert Lamoureux de tourner deux suites : « On a retrouvé la 7ème Compagnie » (1975) et « La 7ème Compagnie au clair de lune » (1977). Ah, si je connaissais le con qui a fait sauter le pont…
Allez une dernière citation pour la route : « L'exemple, c'est quand le plus chef donne au moins chef ! .... pas le contraire ! ... hein chef ? ». Allez, je le regarde encore une fois.
Article pour lemagvod.fr publié le 12 octobre 2010
Discret de nature, Hervé n'est pas très "mini-bio". Il est pour autant notre super consultant - guru éditorial ; et avec plus de 20 ans d'expériences dans la presse et les contenus, nous nous appliquons à l'écouter...










