Shrek, Shrek 2, Shrek le Troisième
Shrek est un ogre taciturne qui ne demande qu'à vivre seul et tranquille au fin fond de son marécage. Hélas pour lui, les scénaristes de Dreamworks lui refusent cette quiétude tant espérée et s’obstinent à semer son chemin d'embûches et de quêtes loufoques. Une saga à redécouvrir en VoD au moment de la sortie en salle du quatrième épisode.

Lorsqu'il débarque dans les salles au printemps 2001, Shrek fait l'effet d'une bombe dans l'animation 3D et symbolise notamment un prodigieux bond en avant technique pour les équipes de Dreamworks qui se contentaient jusqu'à lors de courir en tirant la langue derrière l'omnipotent Pixar.
Au royaume du loufoque et des références
Le choix de se différencier par une approche plus "adulte" ne s'étant soldé jusqu'ici que par des semi-échecs (un Fourmiz beaucoup trop cérébral pour inquiéter le 1001 Pattes de la firme à la lampe, qui a quelques trains d'avance en matière de féérie digitale), Dreamworks passe enfin la vitesse supérieure avec Shrek en jouant à fond la carte du loufoque, de la référence à outrance (le fameux "bullet-time" de Matrix) et des nombreux sous-entendus qui divertiront les parents pendant que les enfants s'émerveilleront devant les belles couleurs et les blagues de prout.
© DreamWorks SKG Shrek, l'âne, what else ? - Shrek (2001) |
Même des cibles plus marginales ne seront pas oubliées, comme les mélomanes (qui se régaleront d'une bande son comportant Eels, Rufus Wainwright et le désormais célèbre "All Star" de Smash Mouth) ou les geeks de tout poil qui éplucheront le film pour y dénicher les références les plus subliminales (et elles sont nombreuses).
Une réussite exemplaire, donc, qui à l'instar des oignons – et des ogres – comporte plusieurs couches. Une démarche qui s'appliquera évidemment aux deux suites…
Ils étaient une fois
Autre trait de génie de la saga Shrek : placer les intrigues au cœur d'un royaume réunissant les contes et légendes, source presque inépuisable d'inspiration, et surtout en prendre systématiquement le contre-pied.
On évolue dans un monde enchanté qui marche sur la tête, où les héros sont des ogres, où le Prince Charmant est un arrogant fils-à -maman, la Bonne Fée Marraine une conspiratrice diabolique, le Chat Botté un impitoyable tueur à gages, où les dragons sont gentils, les Trois Petits Cochons parlent avec un fort accent germanique et où Pinocchio porte des strings…
© Paramount Pictures France Les héroïnes de Shrek - Shrek 3 (2007) |
Jetez dans ce joyeux foutoir une bonne dose de clins d'œil anachroniques (le Royaume de Far Far Away revisité façon Beverly Hills, le lycée d'Arthur avec des étudiants qui parlent comme des gamins d'aujourd'hui…) et vous obtenez un mélange détonnant qui doit moins à la féérie en carton-pâte de Disney qu'aux délires des Monty Pythons (régulièrement cités – notamment avec John Cleese qui prête en V.O. sa voix au père de Fiona).
Shrek, une saga qui arrive aujourd'hui à son quatrième épisode sans s'essouffler grâce, entre autres, à sa formidable capacité à se réinventer.
En attendant le spin-off du Chat Potté d'ores et déjà annoncé pour 2011…
Article pour lemagvod.fr publié le 29 juin 2010
Amoureux du cinéma – des cinémas – d'ici ou d'ailleurs (mais quand même un peu plus d'ailleurs), Michaël Rochette aime qu'on lui parle à travers l'écran. Seul dans une salle pour un tête-à -tête en privé avec un auteur confidentiel ou entouré de deux mille de ses congénères pour une grosse claque numérique en THX, il adore particulièrement se laisser embarquer par des artistes malicieux qui jouent avec ses nerfs, ses méninges ou ses zygomatiques. Et si possible les trois ensemble.










