Sélections Sélection

12 films iraniens à voir pour entrer dans un cinéma singulier

Une fillette cherche un poisson rouge, un homme traverse les faubourgs de Téhéran, un cinéaste brouille les frontières du documentaire. Ces douze films offrent des chemins différents vers le cinéma iranien, de 1962 à 2016, avec des repères pour choisir selon vos envies.

Par la rédaction du Mag VOD Publié le 8 min de lecture

Rue résidentielle iranienne baignée de lumière, avec une porte entrouverte et des façades sobres, sans personne.
Une rue ordinaire évoque l’attention portée au quotidien dans plusieurs films iraniens.

À retenir

  • Cette sélection traverse plusieurs décennies et des formes variées, du documentaire poétique au récit familial.
  • L’enfance et les gestes ordinaires ouvrent une première porte, sans réduire les films à des histoires simples.
  • Les récits de justice et de famille font naître des dilemmes que les films laissent souvent ouverts.
  • Pour découvrir ces œuvres, vérifiez leur disponibilité sur vos services, en location à l’acte ou en médiathèque.

Le cinéma iranien ne se laisse pas résumer à un seul ton ni à une seule manière de filmer. On y trouve des récits d’enfants, des drames familiaux, des expériences documentaires et des jeux sur la frontière entre le réel et la fiction. Cette sélection de douze films iraniens à voir propose un parcours accessible, de 1962 à 2016. Chaque film constitue une porte d’entrée différente, sans prétendre représenter à lui seul un pays ou une cinématographie entière.

Enfance et récits du quotidien

Plusieurs films commencent par une affaire concrète : retrouver un cahier, acheter un poisson, s’arranger avec une paire de chaussures. Ces enjeux modestes donnent aux personnages une liberté de mouvement et une façon d’observer leur entourage. Le récit avance à hauteur d’enfant, mais les adultes, les règles sociales et les contraintes matérielles restent bien présents. Ces œuvres conviennent aux spectateurs qui aiment les histoires simples en apparence, attentives aux détails et aux rencontres.

Où est la maison de mon ami ? (Abbas Kiarostami, 1987)

Un écolier, Ahmad, découvre qu’il a emporté par erreur le cahier de son camarade. Il part le lui rapporter, malgré les indications confuses et les contraintes imposées par les adultes. Abbas Kiarostami transforme cette petite mission en récit de déplacement, où chaque porte et chaque chemin semblent compter. Le film se regarde facilement, même sans connaître le cinéma iranien, et séduira les personnes sensibles aux histoires d’enfance racontées avec sobriété. Son attention aux lieux et aux gestes ordinaires donne toute sa place à l’expérience du jeune héros, sans expliquer à sa place ce qu’il ressent.

Le Ballon blanc (Jafar Panahi, 1995)

À l’approche du Nouvel An iranien, Razieh rêve d’acheter un poisson rouge. La fillette doit d’abord convaincre sa famille, puis composer avec une suite de petits contretemps dans les rues de Téhéran. Jafar Panahi construit son premier long métrage autour de cette quête, avec un regard attentif aux passants et aux détours qui font dévier une journée. Le film conviendra à ceux qui souhaitent une entrée directe et chaleureuse dans le cinéma iranien. Son intrigue claire n’empêche pas une observation fine des différences d’âge, de milieu et de place dans l’espace public.

Les Enfants du ciel (Majid Majidi, 1997)

Après la disparition des chaussures de sa sœur, Ali partage discrètement sa propre paire avec elle. Les deux enfants doivent s’organiser au quotidien, tandis qu’Ali espère pouvoir réparer la situation. Majid Majidi bâtit un récit familial accessible, porté par l’énergie de ses jeunes personnages et par une contrainte immédiatement compréhensible. Le film s’adresse à celles et ceux qui cherchent une histoire émouvante sans rebondissements complexes. Il laisse aussi voir la dignité et l’inventivité avec lesquelles une famille modeste fait face aux difficultés, sans transformer ses personnages en symboles figés.

La Pomme (Samira Makhmalbaf, 1998)

Samira Makhmalbaf s’inspire d’un fait réel pour raconter l’histoire de deux sœurs longtemps tenues à l’écart du monde extérieur par leur père. Le film joue avec les codes du documentaire et de la fiction, notamment en faisant intervenir les personnes liées à l’histoire. Cette forme singulière peut intéresser les spectateurs curieux des œuvres qui interrogent leur propre manière de raconter. Le sujet est plus grave que celui des récits d’enfance précédents, mais le film reste attentif aux gestes, aux découvertes et aux réactions de ses protagonistes. Il évite de réduire leur expérience à une démonstration.

Choix moraux et tensions familiales

Dans ces films, un conflit naît souvent d’une décision qui paraît raisonnable à un personnage et injuste à un autre. La famille, le travail et les institutions se mêlent, sans qu’une réponse unique vienne toujours départager les points de vue. Certains récits avancent à travers des conversations et des négociations ; d’autres suivent des personnages confrontés à des cadres sociaux plus contraignants. Ces choix conviennent aux spectateurs qui aiment discuter d’un film après le générique, sans chercher une morale toute faite.

Le Goût de la cerise (Abbas Kiarostami, 1997)

Un homme traverse les environs de Téhéran en voiture et engage la conversation avec plusieurs personnes. Il cherche quelqu’un pour une tâche liée à une décision grave, dont le film dévoile progressivement les contours. Abbas Kiarostami privilégie les échanges, les silences et les paysages traversés plutôt qu’une intrigue chargée d’événements. Le rythme est contemplatif : mieux vaut le choisir si l’on apprécie les films qui laissent de la place à la réflexion. Les conversations abordent des questions de solitude et de sens sans transformer le récit en discours abstrait. La fin n’est pas nécessaire pour mesurer la force de cette approche.

La Couleur du paradis (Majid Majidi, 1999)

Mohammad, un garçon aveugle, retrouve sa famille pour les vacances d’été. Son père, qui peine à accepter la situation, se retrouve face à des attentes contradictoires et à des choix intimes. Majid Majidi donne une place importante aux paysages et aux sensations, tout en centrant le récit sur les liens familiaux. Le film peut toucher les spectateurs qui préfèrent les drames sensibles aux intrigues judiciaires ou aux confrontations verbales. Il aborde le handicap et la responsabilité d’un parent sans réduire son jeune héros à sa cécité, ni imposer une lecture unique des sentiments de son entourage.

Le Cercle (Jafar Panahi, 2000)

À Téhéran, plusieurs femmes se croisent et se succèdent dans un récit qui suit leurs difficultés au fil de leurs déplacements. Jafar Panahi relie leurs histoires par une mise en scène resserrée et une attention constante aux espaces où elles peuvent ou non circuler. Le film s’adresse à un public prêt à regarder une œuvre plus âpre que les récits d’enfance de cette sélection. Il observe les effets de contraintes sociales sur des vies particulières plutôt que de construire un portrait général de toutes les femmes iraniennes. Son mouvement de personnage en personnage donne au récit une forme de continuité sans effacer leurs différences.

Une séparation (Asghar Farhadi, 2011)

La séparation d’un couple met en jeu la garde de leur fille et l’organisation des soins apportés au père âgé de l’un d’eux. L’arrivée d’une aide à domicile, puis un différend, entraînent les personnages dans une suite de discussions et de décisions difficiles. Asghar Farhadi compose un drame familial où chaque point de vue apporte de nouveaux éléments, sans rendre les conflits plus faciles à trancher. C’est un bon choix pour celles et ceux qui aiment les récits tendus, ancrés dans des situations quotidiennes. Le film invite à écouter les raisons de chacun, plutôt qu’à désigner trop vite un coupable.

Le Client (Asghar Farhadi, 2016)

Un couple de comédiens répète Mort d’un commis voyageur d’Arthur Miller et doit quitter son logement à la suite d’un problème dans l’immeuble. Un incident violent dans leur nouvel appartement fait basculer leur quotidien et met leur relation à l’épreuve. Asghar Farhadi entrelace le théâtre, la vie privée et la recherche de réponses, tout en maintenant une forte tension morale. Le film conviendra aux spectateurs qui ont apprécié les dilemmes d’Une séparation, mais souhaitent découvrir une autre situation et un autre décor social. La pièce répétée éclaire le récit sans fournir de clé définitive pour interpréter les personnages.

Cinéma, réalité et mise en scène

Certains cinéastes iraniens jouent avec les attentes du public : où s’arrête l’observation et où commence la mise en scène ? Qui a le droit de raconter une histoire, et que change la présence d’une caméra ? Les trois films suivants explorent ces questions avec des moyens différents, du documentaire poétique au tournage dans un taxi. Ils sont particulièrement indiqués si vous aimez voir une œuvre réfléchir à la façon dont elle est fabriquée, sans renoncer aux personnes et aux situations qu’elle filme.

Close-Up (Abbas Kiarostami, 1990)

Abbas Kiarostami s’empare d’une affaire réelle : un homme, Hossein Sabzian, s’est fait passer pour le cinéaste Mohsen Makhmalbaf auprès d’une famille. Le film réunit des personnes liées à l’histoire et reconstitue certains événements, brouillant volontairement les frontières entre documentaire et fiction. Cette forme peut surprendre, mais elle n’exige pas de connaissances préalables : l’intérêt vient aussi de la place accordée aux récits et aux motivations de chacun. Close-Up conviendra aux spectateurs curieux de la fabrication d’un film et de la relation entre une personne, une caméra et l’image qu’elle donne d’elle-même.

Taxi Téhéran (Jafar Panahi, 2015)

Jafar Panahi filme des conversations avec les passagers d’un taxi qu’il conduit dans Téhéran. Le véhicule devient un espace mobile où se rencontrent des personnes, des idées et des récits de la vie quotidienne. La mise en scène, resserrée autour de l’habitacle, donne au film une forme à la fois directe et construite. Il peut plaire à ceux qui préfèrent les dialogues aux intrigues classiques, ainsi qu’aux spectateurs intéressés par les choix de mise en scène. On y découvre une ville à travers des échanges, sans que le film prétende en offrir un portrait complet ou uniforme.

La Maison est noire (Forugh Farrokhzad, 1962)

Dans ce court documentaire tourné dans une léproserie, la poétesse et cinéaste Forugh Farrokhzad observe les conditions de vie des personnes filmées. Les images du quotidien se mêlent à une voix poétique, à des textes et à des passages qui donnent au film une forme singulière. Son sujet demande une certaine disponibilité, mais sa courte durée en fait une œuvre abordable pour découvrir une autre génération et un autre registre. Le regard de Farrokhzad ne se limite pas à montrer la maladie : il donne une place aux personnes, à leurs gestes et à leur présence, avec une grande attention formelle.

Plusieurs générations de cinéastes

Ce parcours passe de Forugh Farrokhzad, figure de la poésie et du documentaire, à Abbas Kiarostami, puis à des cinéastes comme Jafar Panahi, Samira Makhmalbaf, Majid Majidi et Asghar Farhadi. Leurs films ne forment pas une école uniforme : leurs sujets, leurs rythmes et leurs façons de construire le réel diffèrent. Les comparer permet de repérer des filiations et des écarts, mais ces rapprochements restent des pistes, pas une grille obligatoire. Chaque œuvre se découvre aussi pour elle-même, par ses personnages, son récit et la forme qu’elle invente.

Poursuivre son parcours selon ses envies

Pour commencer par des récits limpides, choisissez Le Ballon blanc ou Les Enfants du ciel. Si vous préférez les dilemmes familiaux, Une séparation et Le Client offrent des conflits riches en points de vue. Les amateurs de cinéma qui interroge ses propres procédés peuvent se tourner vers Close-Up ou Taxi Téhéran ; ceux qui cherchent une forme plus contemplative trouveront une autre cadence dans Le Goût de la cerise.

La disponibilité des films change selon les services et les périodes. Pour les trouver, consultez le moteur de recherche de vos plateformes, regardez les possibilités de location à l’acte et pensez aux catalogues des médiathèques. Vérifiez le titre exact et le nom du réalisateur : les œuvres circulent parfois sous des intitulés différents selon les éditions.

Questions fréquentes

Par quel film commencer si je connais peu le cinéma iranien ?

Pour une première découverte, choisissez un récit dont la situation se comprend immédiatement, comme Le Ballon blanc ou Où est la maison de mon ami ?. Si vous préférez les drames familiaux, Une séparation offre une intrigue plus dense. Il n’existe pas d’ordre obligatoire : partez du ton et du rythme qui vous attirent.

Le cinéma iranien se limite-t-il aux films lents et contemplatifs ?

Non. Cette sélection réunit des œuvres contemplatives, mais aussi des récits tendus, des drames familiaux et des histoires portées par des enfants en mouvement. Le rythme varie d’un film à l’autre, tout comme la place des dialogues, des rebondissements et de l’observation. Le mieux est de choisir selon votre envie du moment.

Faut-il connaître le contexte politique iranien pour comprendre ces films ?

Une connaissance préalable n’est pas nécessaire. Les histoires reposent aussi sur des situations compréhensibles sans repères spécialisés : une responsabilité familiale, une décision difficile ou un trajet à accomplir. Le contexte peut enrichir une deuxième découverte, mais il ne remplace pas l’attention aux personnages et aux choix de mise en scène.

Comment trouver ces films en vidéo à la demande ?

La disponibilité varie selon les catalogues et peut évoluer. Recherchez le titre exact dans les moteurs de vos services, en essayant aussi le titre original si le résultat manque. La location à l’acte et les collections des médiathèques constituent d’autres pistes pour retrouver des films plus anciens ou moins souvent proposés.

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